
Ce mois-ci, la parole se tourne exceptionnellement vers Fabienne, animatrice emblématique de l’EHPAD Louis BALSAN, à qui ce portrait rend hommage à l’occasion de son départ à la retraite prévu pour le mois de juin, pour saluer son engagement, sa créativité et son humanité.
Animer, c’est avant tout créer du lien
Depuis seize ans, Fabienne fait battre le cœur de la résidence. Animatrice en EHPAD par vocation, elle parle de son métier avec une rare intensité, mêlant lucidité, tendresse et une profonde exigence humaine. À l’écoute de chacun, elle revendique une vision de l’animation qui dépasse largement les ateliers et les plannings : pour elle, il s’agit avant tout « d’animer la vie dans la résidence », de donner du sens à la vie au quotidien.
Son discours est aussi celui d’un parcours personnel, marqué par une intégration difficile à son arrivée dans l’établissement, il y a seize ans. Cette expérience n’a fait que renforcer sa détermination : répondre sans attendre aux besoins fondamentaux, préserver la pudeur et la dignité, et ne jamais oublier que derrière chaque porte se trouve une histoire singulière.
Le cœur du métier : le contact humain
Son moteur ? Le contact humain. « Le prétexte, c’est de distribuer le journal, de répondre à une sonnette, d’aller demander à un résident comment il a dormi après avoir remarqué son mal-être la veille », explique-t-elle. Dans ces gestes simples, Fabienne voit l’essence même de sa mission : être présente, attentive, presque « médiatrice du soin », là où le lien apaise souvent autant que les gestes techniques. Elle défend une approche fondée sur l’empathie, le respect des habitudes et des croyances, persuadée que ces « petites attentions » sont le socle de la dignité des résidents. Sa conception de l’animation reste constante : être disponible, respecter les choix de chacun, accepter que certains jours soient seulement faits d’écoute et de présence.
Entre engagement et frustration du quotidien
Ce regard engagé s’accompagne toutefois d’une forme de frustration. Fabienne regrette les restrictions croissantes qui entravent la création de liens authentiques. Avec nostalgie, elle évoque les activités d’autrefois : la cuisine maison, les odeurs, les moments de partage autour d’un plat préparé ensemble. Aujourd’hui, certaines normes sanitaires ont peu à peu remplacé ces plaisirs simples par des produits industriels par exemple, laissant un sentiment de perte et d’inachevé.
Une famille de cœur
Les souvenirs du Covid émergent, chargés d’émotion. Dans cette période éprouvante, la résidence est devenue une « famille de cœur ». « On m’a souvent dit : Ce n’est pas votre famille. Ce n’est pas ma famille, mais… on s’attache un peu », confie-t-elle simplement. Cette attache, assumée et sincère, résume sans doute le mieux son engagement.
La retraite… sans vraiment partir
Et si la retraite marque la fin d’un chapitre professionnel, Fabienne le dit avec un sourire : elle ne partira pas vraiment. Désireuse de poursuivre autrement ce lien si précieux, elle souhaite revenir au sein de l’établissement en tant que bénévole VMEH. Une autre façon d’être présente, de partager des moments, d’échanger, et de continuer à faire vivre cette humanité qui l’anime depuis toujours.
À l’heure de se projeter vers l’avenir, Fabienne retient avant tout les rencontres : « J’ai vraiment rencontré des belles personnes, toujours prêtes à échanger. Ça apporte beaucoup. » Un héritage précieux, fait de chaleur humaine, de respect et de bienveillance, qu’elle laisse derrière elle et qu’elle continuera, autrement, à faire grandir.





